Le trilemme du Covid 19

Première phase de la pandémie, le dilemme du confinement

 

L’épisode du Covid 19 nous donne l’occasion d’une réflexion sur les règles d’attribution et de conservation de la propriété, mises à mal par de prétendus partisans de la liberté.

Attraper le Covid 19 et risquer d’en mourir ou d’avoir des séquelles dont on ne connaît encore ni la portée ni la durée est évidemment une atteinte à notre propriété.
Rappelons que pour la philosophie libérale les quatre droits de l’homme : liberté, propriété, sûreté et résistance à l’oppression sont en fait quatre expressions du droit de propriété et du cadre de son exercice. On est propriétaire de son corps donc toute atteinte à notre intégrité corporelle ou à nos biens, si elle provient d’autres hommes, est contraire à nos « droits naturels ».

Tant que cette atteinte provient de la nature ou des éléments, la législation humaine ne peut y apporter de réponse. Les crues des rivières le rappellent régulièrement aux législateurs compulsifs : on ne régule pas en réglementant. Ce n’est pas en publiant un arrêté d’interdiction des crues que celles-ci ne vont plus se produire. De même, l’apparition du virus et sa rapide diffusion mondiale étaient globalement hors du champ d’action de la législation humaine.

Par contre les arrêtés de confinement(1) constituent une façon efficace de ralentir la circulation du virus donc de garantir la santé, c’est à dire la propriété, du plus grand nombre. Ne pas accepter de confinement ou refuser de porter un masque lors de ses sorties constitue à l’évidence une atteinte à la propriété des autres, notamment des plus faibles, personnes âgées ou souffrant de pathologies à risque.
(1) Il faut prendre ici le mot confinement au sens large d'obligation légale de rester chez soi, de porter un masque, de couvre feu, d'interdiction des réunions, etc, c'est à dire toutes les mesures coercitives destinées à empêcher la circulation du virus.

L’invocation de la liberté pour refuser le confinement

On a toutefois pu constater dès le début de la pandémie une forte réticence de certains, voire leur refus catégorique de porter un masque au nom de « la liberté ». C’est cette même liberté qui était invoquée pour se réunir, organiser des soirées festives ou des manifestations diverses, réunions sportives, culturelles, cérémonies religieuses.

Or il est clair qu’en période de pandémie, ce qui était auparavant une liberté peut se réduire à une capacité. J’ai effectivement la capacité de ne pas mettre de masque et d’organiser une grande fête mais ce n’est en aucun cas une liberté puisque cela porte atteinte à la propriété d’autrui, en l’espèce à sa santé. J’ai la capacité de me suicider en percutant frontalement un véhicule sur la route mais ce n’est pas une liberté puisque j’attente à la sûreté d’autrui.

Dans cette première phase de la pandémie, le choix de ne pas appliquer les mesures barrières était clairement un dilemme libéral : incompatibilité entre la liberté, qui consiste à garantir la propriété de personnes vulnérables et la capacité que nous avons tous de ne pas appliquer les mesures barrières. Dilemme veut dire qu’il n’y a pas d’intersection de ces deux ensembles.

L’invocation de la liberté pour refuser d’appliquer ces consignes de sécurité était aussi ridicule que prévisible venant de supporters de Trump ou de Bolsonaro, mais nettement moins compréhensible lorsqu’elle émanait de prétendus libéraux.

Avec le vaccin, le dilemme devient trilemme

L’apparition de la vaccination dans l’équation générale change la donne et nous nous trouvons cette fois-ci face à un trilemme. Si l’on veut se déconfiner et retrouver une vie sociale normale alors il faut se vacciner. Sinon, on ne respecte pas la propriété.

Ne pas se vacciner et se déconfiner est clairement une atteinte à la santé et à la propriété des autres. Ce n’est pas une liberté, c’est une capacité. Dans ce trilemme les trois propositions « ne pas se vacciner », « ne pas se confiner » et « respecter la propriété » n’ont pas d’intersection. Si deux de ces propositions sont vraies, alors la troisième est fausse.

Pourtant certains raisonnent de façon théorique en partant du principe que les non vaccinés font un choix qui ne regarde qu’eux. D’un côté il y aurait des non vaccinés qui prendraient leur risque et accepteraient de vivre avec le virus, tandis que de l’autre les vaccinés seraient protégés. Sauf que ce modèle n’existe que dans leur imagination. Dans le monde réel, il va falloir plusieurs années pour vacciner la population. Il y aura donc toujours des personnes non vaccinées contre leur gré, qui cohabiteront avec des non vaccinés volontaires, les premiers risquant de tomber malade du fait de la négligence ou du manque de courage des derniers.

De plus, si une partie de la population refuse de se vacciner le virus circulera et de nouveaux mutants apparaîtront, jusqu’au jour où certains échapperont à la barrière vaccinale pour causer de nouvelles victimes, c’est à dire de nouvelles atteintes à la propriété.

Une forme dévoyée de la liberté qui porte atteinte à la propriété

Dans une emphase grotesque, quelques uns ont cru pouvoir appliquer à la situation actuelle la célèbre citation attribuée à Benjamin Franklin : « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux ». Or il est évident que la capacité de contaminer les autres, comme celle de voler et de tuer n’est pas une liberté. Il n’y a aucune perte de liberté lorsque l’État, agissant dans le cadre de ses fonctions régaliennes, réduit la capacité de nuire des malfaiteurs et des resquilleurs.

Quand à ceux qui se demandent pourquoi il faut paralyser 15 % de l’économie et mettre des milliers de gens au chômage pour sauver des personnes âgées qui n’ont de toutes façons que quelques années à vivre, leur discours ressemble étrangement à ceux qui recommandent de ponctionner les plus riches - qui ne sentiront pas la différence - pour que les plus pauvres vivent mieux. Où est la différence de raisonnement ? Où est la différence d’éthique ? Dans les deux cas c’est une forme dévoyée de la liberté qui est invoquée pour porter atteinte à la propriété.

Les libéraux conséquents, heureusement majoritaires à défaut d’être les plus visibles, doivent orienter leurs critiques vers tous les domaines ou l’État empiète sur ses prérogatives. Il y a là fort à faire. Dénoncer l’inefficacité d’un État obèse et bureaucratique dans la gestion de la crise ou débattre de la balance bénéfice/risque du confinement sont des positions libérales pertinentes. On peut parfaitement considérer que les fhommes de l'État se trompent lorsqu'ils confinent de telle ou telle manière - il faut alors fournir des arguments techniques et scientifiques recevables - mais invoquer la liberté pour remettre en question la légitimité de l’État à assurer la sécurité des biens et des personnes est une grave erreur qui rend particulièrement inaudible le message libéral.

 

Oui, certains vaccins COVID font appel au génie génétique. Admettons-le

https://www.gaucheliberale.org/public/images/.research-5297028_640_m.jpg

Titre original : Yes, some COVID vaccines use genetic engineering. Get over it.

Par Mark Lynas,

Paru sur le site de Cornell Alliance for Science.

https://www.gaucheliberale.org/public/images/.research-5297028_640_m.jpg

Nous avons tous subi les théories conspirationnistes sur le COVID-19. Aujourd'hui une nouvelle vague de même nature est en train de se former à propos des vaccins COVID - et de se propager de manière aussi virulente que la pandémie qu'ils sont censés contrôler.
Même si les instances de santé publique ont tendance à se montrer rassurantes sur certaines des appréhensions les plus raisonnables - oui, les vaccins ont été développés incroyablement rapidement et des effets secondaires à court terme peuvent se produire - ce billet se propose d’aborder le sujet sous un autre angle.

Lire la suite

Les libéraux défendent la propriété privée donc les plus riches

Faux Les plus riches ont toujours possédé les moyens de défendre leur propriété. Ce sont les faibles et les pauvres qui sont les éternelles victimes des systèmes politiques qui ne défendent pas la propriété individuelle. Le principe révolutionnaire énoncé en 1789 garantit à tous, aux plus faibles  […]

Lire la suite

Les libéraux sont individualistes donc égoïstes

Mauvaise déduction Les libéraux sont effectivement viscéralement individualistes. Mais être individualiste ne conduit nullement à l'égoïsme ou au repli sur soi. Car être individualiste c'est vouloir mener sa vie comme on l'entend tout en reconnaissant dans son prochain un être autonome qui poursuit  […]

Lire la suite

Coronavirus : retour à la Nature... et à celle de l’État

L'épidémie de coronavirus Covid 19 est un puissant révélateur des grandes tendances qui ont servi de base à l'évolution de nos institutions au cours des deux dernières décennies. D'une part un État de plus en plus dirigiste et interventionniste que ses dépenses courantes empêchent d'accomplir ses tâches régaliennes, d'autre part une forme d'allégeance électoraliste à un nouvel ordre écologique qui attribue des vertus à la Nature et doute des bienfaits de l'action humaine.

Lire la suite

Pourquoi les revendications apocalyptiques sur le changement climatique sont incohérentes

Par Michael Shellenberger (1)

Titre original : Why Apocalyptic Claims About Climate Change Are Wrong
Article paru dans Forbes le 25 novembre 2019
Traduction Alain Cohen-Dumouchel


Ces dernières semaines, les journalistes et les défenseurs de l'environnement ont fait un certain nombre de prédictions apocalyptiques sur l'impact du changement climatique. Bill McKibben a suggéré qu'en Australie, les incendies causés par le climat avaient rendu les koalas « pratiquement éteints ». Extinction Rebellion affirme : « Des milliards de gens mourront » et « La vie sur Terre est en train de s'éteindre. » Vice magazine soutient que « l'effondrement de la civilisation a peut-être déjà commencé. »

Lire la suite

L'écologie fasciste : l'« aile verte » du parti nazi et ses antécédents historiques

L'article de Peter Staudenmaier sur les racines d'extrême droite de la philosophie écologiste et sur sa mise en œuvre pratique et théorique sous le IIIe Reich a été initialement publié en 1995 dans Ecofascism: Lessons from the German Experience (San Francisco: AK Press, 1995). L'ouvrage a été réédité en 2011 dans Janet Biehl and Peter Staudenmaier, Ecofascism Revisited (Porsgrunn: New Compass Press, 2011).

Curieusement aucune traduction française de ce texte n'avait jamais été rendue disponible avant ce jour. C'est pourquoi, avec l'accord de l'auteur, j'ai pris l'initiative de traduire cet article qui éclaire les relations de l'écologie avec l'idéologie nazie.

L'écologie fasciste : l'« aile verte » du parti nazi et ses antécédents historiques

Lire la suite

La propriété expliquée aux libertariens - libéralisme versus anarcho-capitalisme

Après avoir rappelé les principes de la propriété équitable, communs aux sociétés tribales, antiques féodales et socialistes, puis ceux de la propriété privée libérale nous nous intéressons aujourd'hui à une forme théorique de propriété, la propriété libertarienne, censée exister en dehors de toute structure étatique.

Lire la suite

Analyse libérale du "grand remplacement"

La notion de "grand remplacement" dans laquelle l'identité culturelle de l'Europe serait menacée par une invasion africaine musulmane fait partie des grands thèmes montants de la décennie. Longtemps cantonnée aux partis d'extrême droite européens, elle s'étend maintenant à des sphères moins sulfureuses de l'intelligentsia identitaire.

Image par Capri23auto de Pixabay

Lire la suite

La propriété expliquée aux socialistes - La propriété privée

La propriété privée n'est pas quelque chose d'intuitif ou d'évident puisqu'elle n'a jamais pu s'établir pendant 4000 ans. Ce n'est qu'avec les lumières et les révolutions anglaises, puis françaises et européennes que la propriété devient un droit de l'homme reconnu par le pouvoir et qui lui est opposable. La propriété est ici garantie par l'administration en dehors de toute éthique imposée. La propriété devient privée c'est à dire que tous ceux, pouvoir compris, qui n'ont pas de droits de propriété sur un bien sont officiellement privés de cette propriété.

Lire la suite

La propriété expliquée aux socialistes - La propriété équitable

La notion de propriété est centrale dans la philosophie libérale. La propriété conçue comme un droit de l'homme reconnu par le pouvoir est le pilier de la doctrine libérale classique. Cette notion subtile basée sur un équilibre entre le droit naturel et le droit positif s'oppose à la conception de la propriété qui a prévalu de façon immémoriale et qui a été reprise par les différentes formes de socialismes : la propriété équitable.

Lire la suite

Lettre aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon


Chers dirigistes,

Vous voulez "refaire le monde", réparer les injustices, accroître le bien-être de l'humanité, voilà de louables préoccupations. Mais pourquoi choisir le socialisme et le protectionnisme pour atteindre ces objectifs ?

Par Awkiku — Travail personnel, CC BY-SA 4.0,

Car si le monde est à refaire, depuis la révolution industrielle, c'est bien le capitalisme et l'économie de marché qui le refait. C'est l'organisation capitaliste qui tire de la misère et de la faim, les uns après les autres, les pays qui adoptent ce système, ou plutôt qui acceptent ce système, puisque jamais aucun homme d’État n'a prôné ou "décidé" de "passer au capitalisme".
Le capitalisme est l'ordre spontané qui naît de la reconnaissance par les gouvernements, de la liberté et de la propriété, ces deux droits de l'homme qui figurent en tête de notre constitution. La révolution capitaliste est donc une révolution sans révolutionnaire, ce qui vous désoriente, vous les dirigistes, qui ne pouvez imaginer qu'il n'y ait pas de "dessein humain" à l'ordre du monde.

Lire la suite

Non M. Hamon, Bachar Al-Hassad et Daech ne sont pas "des barbares de la même nature".

« Daech d’un coté et Bachar Al-Assad de l’autre sont aujourd’hui des barbares de la même nature » Benoît Hamon le 07/04/2017
Cité - entre autres - par Le Monde - d'après une dépêche AFP.

Une fois de plus, Benoît Hamon a tout faux. Car quiconque a un minimum de culture politique est capable de faire la différence entre un régime totalitaire et un régime dictatorial.
Quel que soit le caractère odieux et insupportable des frappes chimiques imputées à Bachar Al-Hassad, il existe bien une différence de nature entre les crimes du dirigeant syrien et ceux de Daech.

 

Photo flickR licence CC par kr428

 

Lire la suite

L'intox bio sur les pesticides - 2e partie

Comment mesure t-on la toxicité des pesticides ?


Cette présence de pesticides naturels dans notre alimentation nous amène à nous interroger sur les méthodes employées pour juger de leur toxicité. La méthode canonique qui est employée par les laboratoires consiste à isoler les substances présumées dangereuses et à les administrer à haute doses à des rongeurs. Si des pathologies apparaissent chez les rongeurs, le lobby bio comme l'administration sanitaire croient pouvoir en déduire que les mêmes substances, administrées à l'homme à très faibles doses sur une longue période, seront dangereuses.

Lire la suite

L'intox bio sur les pesticides - 1re partie

La plupart des consommateurs est persuadée que les aliments bio contiennent sensiblement moins de pesticides que les aliments de l'agriculture traditionnelle et qu'ils sont donc "meilleurs pour la santé". Pour juger de la pertinence de cette croyance il faut d'une part définir la notion de pesticide, et d'autre part examiner comment est mesurée leur toxicité présumée. En effet, Le lobby bio, extrêmement actif aussi bien auprès des pouvoirs publics que des médias, délivre une information biaisée via la publication de pseudo "tests" qui n'ont aucune valeur scientifique. Alors que l'agitation perpétuelle entretenue par les associations écologistes bénéficie d'une importante couverture médiatique, les démentis de la communauté scientifique passent inaperçus puisqu'ils interviennent toujours quelques semaines ou quelques mois après la publication des tonitruantes "révélations" du lobby bio.

Lire la suite

Quand les B.O.F. (Bureaucrates, Officiels, Fonctionnaires) dénoncent le "fascisme néolibéral"

Manuela Cadelli a cru bon commencer son article intitulé : "le néolibéralisme est un fascisme" par cet avertissement : "le temps des précautions oratoires est révolu".
Toute personne ayant un minimum de culture sur l'histoire et la philosophie libérale pourrait croire que cette expression vise à prévenir le lecteur que désormais on peut raconter n'importe quoi et s'affranchir du sens des mots. Or il semble qu'il n'en est rien, l'article est bien au premier degré. Dans l'esprit de ce fonctionnaire de l'administration belge,"prendre des précautions oratoires" signifie rester poli, s'abstenir d'employer des mots violents qui risquent de désigner ses adversaires politiques comme des ennemis physiques.
Manuela Cadelli a donc décidé de passer outre ces règles de bienséance pour attaquer directement ses adversaires à savoir le "néolibéralisme", les "milieux financiers" et la "classe dirigeante" en les traitant de fascistes.

Nous répondrons donc sur le même ton et en omettant à notre tour les précautions oratoires.

Lire la suite

Deuxième tour des élections régionales 2015 en ile de France - Votez blanc

Plusieurs personnalités qui se réclament du libéralisme appellent à voter pour la liste de droite menée par Valérie Pecresse. La principale raison invoquée c'est le barrage à la gauche représentée par l'épouvantable Claude Bartolone, multi-cumulard, champion du clientélisme quasi mafieux et, on l'a  […]

Lire la suite

Elections régionales - Aux urnes citoyens

Unique mouvement ayant des velléités libérales, aux urnes citoyens doit recevoir le vote de tous les libéraux de bonne volonté dans les régions où il se présente. Au delà des querelles idéologiques, ô combien normales et même salutaires lorsqu'il s'agit de développer un courant de pensée  […]

Lire la suite

Une gauche libérale peut-elle renaître et comment la définir ?

Il n'existe aucune définition de la gauche libérale. Le thème revient pourtant de façon récurrente dans les ouvrages consacrés au libéralisme. On y attache des auteurs tel Yves Guyot, Karl Popper, Luigi Einaudi et bien d'autres, mais sans le moindre fil directeur. La préoccupation sociale semble en être le point de ralliement mais ce serait faire insulte aux autres libéraux de considérer qu'ils ne s'intéressent pas à la question sociale. Il faut donc trouver une méthode plus systématique pour essayer de caractériser ce que serait aujourd'hui une gauche libérale.

Lire la suite

Haut de page