Philippe Val s'était courageusement opposé à l'intolérance et à l'obscurantisme religieux au moment de la parution des fameuses caricatures de Mahomet. C'est dans la droite ligne de cette prise de position qu'il fustige ici la gauche extrême "que son obsession antilibérale autorise de plein droit à figurer dans le cortège de la droite" (sic), cette gauche (ou prétendue telle) qui n'hésite pas à fermer les yeux sur l'islamisme avec qui elle partage une haine viscérale pour les Etats-Unis, Israel et la liberté.

Au coeur de cet éditorial il écrit : "la gauche est libérale c'est son identité" et "Il faut absolument récupérer ce mot de libéral que la gauche s'est fait voler par la droite".

Il approche de la vérité mais à l'envers.
Car pour respecter un tant soit peu la vérité historique il faudrait plutôt dire :  Le libéralisme est de gauche, c'est son identité. Il faut absolument récupérer ce mot de gauche que le libéralisme s'est fait voler par le socialisme.

La fin de l'article tente de définir les "valeurs" qui séparent la droite de la gauche.

Extrait :

- "Le travail ne peut en aucun cas être la même valeur pour la droite et pour la gauche. Pour la droite, il est un élément disciplinaire qui, de surcroit, procure ce qui est nécessaire à la survie. La droite ne voit aucun inconvénient à ce que la survie occupe toute la vie, elle le conçoit comme le plus long possible. La gauche refuse cette conception et se bat pour que le temps de vie consacré à la survie soit le plus court possible. Le reste de l'activité humaine relève du choix et de l'enthousiasme.
- La sexualité, pour la droite, reste justifiée par la procréation et la fondation d'une famille. Pour la gauche, la procréation et la famille relèvent de choix librement consentis, et la sexualité est d'abord justifiée par le plaisir qu'on y prend. Le droit des femmes et des homosexuels sont des acquis de gauche auxquels la droite s'est résignée, parce qu'on est en démocratie".

Et là ça se gâte car le libéralisme revendique l'ouverture et la tolérance. Ne pas gouverner au nom d'une morale, laisser les individus libres de choisir Leur morale.

Or que fait Philippe Val dans ces deux passages ? Il décrit deux morales opposées qu'il suppose être des guides politiques pour la droite et la gauche. Sa vision d'une gauche dirigiste est typiquement anti-libérale.

Lorsqu'il oppose le travail, vu à droite comme disciplinaire et occupant toute la vie, et le travail vu à gauche comme un mal nécessaire, d'une part il caricature grossièrement la droite - après tout ce sont bien les syndicats de gauche qui se sont le plus opposés au machinisme qui a rendu possible la réduction du temps de travail - d'autre part il tombe dans le piège des valeurs morales globalisantes, censées servir de guide à l'action politique. Exactement ce que le libéralisme combat quand il donne avant tout la parole et l'initiative à l'individu.
Celui qui veut survivre avec le minimum de travail n'a pas à imposer aux autres sa conception du travail. Et ceux qui considèrent que le travail est rédempteur n'ont pas non plus à modeler la société pour qu'elle adopte leur morale.

Lorsqu'il écrit : "le droit des femmes et des homosexuels sont des acquis de gauche", (au sens de la gauche socialiste) il se trompe. Car ce sont avant tout des acquis du libéralisme.
Propriété de chaque individu sur son corps. Prééminence des droits de l'individu sur les droits collectifs, sur les usages et sur les traditions.

Mais bon, ne boudons pas notre plaisir, il semblerait quand même que les temps changent. Un éditorialiste de gauche qui "ose" parler de libéralisme, c'était impossible il y a seulement cinq ans.
Depuis il y a eu JM Bockel et les libéraux du parti socialiste (ça ne voulait rien dire mais c'était aussi un signe des temps).