Rappelons tout d'abord que le marché du disque dur est à peu de choses près libre (si l'on met de côté les lois sur les brevets qui limitent artificiellement le nombre de ses acteurs). Il n'y a pas ici de quotas de disques durs réservés par les gouvernements pour leurs peuples, pas de lois règlementant la production ou les prix des disques durs, pas de permis de produire des disques durs, pas d'autorité de régulation des disques durs, ni même de banque centrale des disques durs, enfin pas de prison à perpétuité pour ceux qui mettraient sur le marché de nouveaux disques durs. Comme le marché des vélos ou comme celui des poêles à frire, le marché des disques durs obéit donc à l'impitoyable "dictature des marchés".

Première surprise, contrairement aux sinistres prédictions des interventionnistes de tous bords, on ne constate dans le passé aucune "bulle sur les disques durs", ni d'ailleurs sur les vélos ou les poêles à frire. Voilà des marchés laissés aux mains des prédateurs capitalistes qui se régulent très bien tout seuls. Pas de montée cyclique des cours, pas de pénurie, on constate au contraire une baisse régulière des prix, fonction des progrès technologiques et du jeu de la concurrence.

Dans le même temps, l'immobilier et le crédit, deux secteurs d'activité caricaturalement contrôlés par les États-nations au moyen d'une armée de fonctionnaires sont secoués de crises cycliques que les ultra-étatistes tentent fébrilement d'attribuer à une pseudo "dérèglementation". Complètement aveugles au milieu qui les entoure, ils pensent aussi (ou essaient de faire croire) que leur faillite est due au monde de la finance dont ils ont pourtant intégralement fixé les règles au moyen de règlementations, lois et traités d'une complexité kafkaïenne.

Deuxième surprise, le marché du disque dur, même confronté à une situation de crise brutale, réagit "intelligemment". Les grossistes, apprenant l'ampleur de la catastrophe, augmentent immédiatement les prix de vente de leur stock sachant que les sources d'approvisionnement vont se tarir. Ce faisant ils "spéculent". Quelles sont les conséquences pour eux et pour les autres ? Les grossistes réalisent une bonne opération puisqu'ils vendent très cher des disques achetés bon marché. D'un autre côté ils compensent leurs pertes futures sur la baisse attendue des volumes. Les clients eux, se trouvent confrontés à une hausse spectaculaire des prix qui sont actuellement deux à trois fois plus élevés qu'avant les inondations. Cette hausse entraine un arbitrage des clients : ceux qui ont un besoin urgent vont acheter, les autres moins pressés, vont retarder leurs acquisitions ou diminuer leur consommation en espérant que les prix auront baissé entre temps.

Le premier effet de la spéculation est donc de retarder la pénurie pour ceux qui ont le plus fort besoin.

Une autre conséquence très bénéfique de la spéculation c'est qu'elle incite les usines restantes à tourner à plein régime, même à coût marginal plus élevé. Tous les constructeurs sont incités à augmenter leur production puisque les prix sont plus hauts.

La bêtise habituelle des dirigistes consiste à intervenir pour maintenir les prix bas. C'est une erreur classique qui obéit généralement à des considérations électoralistes. Pour faire plaisir à une clientèle électorale on légifère pour "fixer" les prix tout en s'indignant des profits réalisés par les spéculateurs. De ce fait il n'y a pas de ralentissement de la consommation, le stock s'épuise, la pénurie arrive donc plus vite, et comme il y a moins d'incitation à produire puisque les prix restent bas, la pénurie dure plus longtemps.

L'exemple le plus célèbre est la fixation des prix du blé par les jacobins pendant la révolution française. L'instauration du "maximum" (fixation des prix) pour lutter contre "l'agiotage" (la spéculation) devait provoquer la chute de la production, le découragement et parfois la fuite des fermiers, avec pour conséquences une famine épouvantable et des millions de morts.

Ces mêmes remèdes imbéciles et parfois criminels sont malheureusement toujours proposés de nos jours dans des domaines variés : énergie, transports, loyers immobiliers, par une classe politique ultra dirigiste et fière de l'être.

Nul doute que si la situation perdure et que les services de l'Etat sont obligés de payer leurs ordinateurs plus chers, nous n'échapperons pas à un discours de Nicolas Sarkozy sur la nécessaire "moralisation du marché des disques durs".

Comme on l'a vu avec l'exemple des vélos, des poêles à frire et des disques durs, un marché complètement libre ne donne pas lieu spontanément à de la spéculation. Pour que la spéculation apparaisse, il faut toujours une cause extérieure imprévisible, un facteur d'incertitude. C'est à cette seule condition que "ceux qui savent" ou "ceux qui détiennent", peuvent espérer "battre le marché".

L'exemple des disques durs montre aussi que la spéculation dans un marché libre a un effet régulateur, donc bénéfique pour tout le monde.

Dans le cas des marchés financiers et de la crise actuelle, il y a bien un phénomène spéculatif. A quoi est-il du ? Quelle est "l'inondation" qui provoque la spéculation ? Pour la crise récente, il est évident que le "débordement" provient du déficit chronique et de la dette accumulés par les sociales-démocraties. D'une manière plus générale, les facteurs d’incertitude et de dérèglement en matière de monnaie/crédit et d'immobilier résident bien évidemment dans les politiques publiques.

Certains hommes politiques n'hésitent pas à soutenir que la spéculation sur les marchés financiers est la cause de la crise actuelle. C'est comme si l'on prétendait que la spéculation sur les disques durs a provoqué des inondations en Thaïlande, c'est le même niveau d'absurdité.