Gérard Depardieu s'est acquitté des ses impôts en tant que citoyen français pendant toute sa vie. D'un point de vue fiscal Gérard Depardieu et l'État français devraient donc "être quittes" et se séparer bons amis. Pourtant, non, cela ne suffit pas, le message envoyé par les dirigistes, c'est que GD doit encore  quelque chose à "la France". Autrement dit tout ou partie de son travail et de ses revenus futurs  "appartiennent" à l'État-Nation France. Pour la horde dirigiste, Gérard Depardieu ne "peut" et ne "doit" pas quitter la France.

La France est-elle devenue une secte qu'on ne peut quitter sans être poursuivi ou menacé ? Ou bien, cette notion d'appartenance forcée de l'individu à la collectivité nationale trouve t-elle ses racines dans une conception de la société que l'on croyait disparue, à savoir le servage et son proche parent l'esclavage ?

La définition du servage extraite de Wikipedia est en effet étrangement appropriée à la situation des exilés fiscaux français :

Le servage, du latin servus, « esclave », est défini par la convention relative à l'abolition de l'esclavage des Nations unies comme la « condition de quiconque est tenu par la loi, la coutume ou un accord, de vivre et de travailler sur une terre appartenant à une autre personne et de fournir à cette autre personne, contre rémunération ou gratuitement, certains services déterminés, sans pouvoir changer sa condition ».

En 2012 GD a indiqué avoir payé 85% de ses revenus en impôts. En 2013 et 2014 il est donc probable que ce pourcentage approchera les 95 à 100% puisque la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu passera à 75%, et que toutes les autres taxes, y compris indirectes, seront en augmentation.

GD est donc invité à verser la quasi totalité  de ses revenus au fisc parce que les hommes de l'État ont mal géré les finances publiques pendant 40 ans. Et il lui serait interdit de "changer de condition" en quittant la France ?

On peut trouver la comparaison avec le servage déplacée pour la raison que Gérard Depardieu est (encore) riche et que les serfs étaient - relativement - pauvres. Et pourtant, à travers les âges et malgré les différences de conditions c'est bien la même vision de la société que l'on doit subir :

Dans cette conception particulièrement réactionnaire de la collectivité, l'individu autonome, libre de ses choix n'existe pas, il n'est qu'un citoyen qui ne doit son éventuelle réussite qu'a sa "mère patrie".

Si Gérard Depardieu a réussi c'est grâce  au cinéma français et à la langue française pensent les dirigistes qui s'estiment donc "propriétaires" de la langue et de la culture françaises. Pour les utiliser il faudrait donc les "louer" à l'État français, comme le seigneur le faisait de sa terre.

Dans cette conception d'ancien régime, tristement réactualisée par Hegel, ce n'est pas "le peuple réuni en Nation" qui fait la France (suivant la terminologie révolutionnaire de 89), c'est au contraire la Nation française qui "fait" le peuple et qui peut donc l'utiliser comme bon lui semble. L'individu n'est plus une fin, c'est un moyen au service du pouvoir, tour à tour chair à canon, ou rançonnable par le fisc

En conclusion, entre l'injonction de notre précédente équipe dirigiste : "La France, on l'aime ou on la quitte", et celle de la nouvelle : "La France, elle vous plume et on ne la quitte pas", la marge de manœuvre des français rationnels commence à se rétrécir sérieusement.