Non, la prohibition de la prostitution n'est pas l'abolition d'un esclavage.
Par Alain Cohen-Dumouchel le vendredi, 9 déc. 2011, 10:43 - Actualité - Lien permanent
Une proposition de loi visant à
pénaliser les clients des prostituées a été déposée à l'assemblée nationale.
Cette proposition fait suite au rapport publié en avril dernier par la la
mission d’information parlementaire sur la prostitution. La député socialiste
Danielle Bousquet en était la présidente et Guy Geoffroy, UMP, le rapporteur.
Avant que cette proposition de loi soit soumise au vote, une résolution
symbolique a déjà été votée à l'unanimité par l'assemblée le 6 décembre. Elle
"réaffirme la position abolitionniste de la France dont l'objectif est, à
terme, une société sans prostitution" et juge "primordial que les
politiques publiques offrent des alternatives crédibles à la prostitution et
garantissent les droits fondamentaux des personnes prostituées".
Que dire de cette résolution et de la proposition de loi qui l'accompagne ?
Photo flickR licence CC par mararie
Tout d'abord, la méthode. Confier une mission parlementaire à un socialiste
sur un "sujet de société" est une martingale particulièrement payante pour la
droite. Depuis que la gauche, sous l'influence du rocardisme, est devenue un
bastion de puritains hygiénistes, le procédé marche pratiquement à tous les
coups. L'épithète "réactionnaire" que l'on croyait réservé au peuple de droite
s'applique désormais parfaitement aux ligues de vertu socialistes ou au culte
écologique. Les chefs de file de notre bonne vieille droite gaulliste
n'hésitent donc plus à nommer des personnalités de gauche à la tête des
multiples "comités d'éthique" ou "missions parlementaires" convaincus qu'ils se
comporteront en auxiliaires zélés de la morale chrétienne conservatrice. Faire
bâtir par la gauche une loi rêvée par la droite c'est le plus sûr moyen de la
faire aboutir.
Ensuite, sur le fond, on pourrait disserter sur les préférences opérées par la
commission parlementaire présidée par Danielle Bousquet qui, sur deux cents
auditions, n'a entendu que quinze prostituées dont sept en activité, le reste
étant réservé aux "experts".
On pourrait rappeler pour la énième fois que l'Etat, qui ne rechigne pas à
fiscaliser la prostitution (les prostituées doivent cocher la case "bénéfices
non commerciaux" sur leur déclaration de revenus), se place de fait en position
de proxénète.
On pourrait mieux écouter Morgane Merteuil, secrétaire générale du syndicat du
travail sexuel, lorsqu'elle dit que les travailleuses du sexe ne sont pas
forcément des victimes et que, parlant des clients elle affirme : "ils sont
bien plus respectueux envers nous que les féministes
abolitionnistes"
On pourrait souligner, comme Elisabeth Badinter, que la seule question c'est
que la femme "ne soit pas contrainte" ce que confirme intelligemment
Morgane Merteuil en distinguant le proxénétisme de soutien du proxénétisme de
contrainte.
On pourrait redire que la "protection des femmes" sert souvent de prétexte pour
les maintenir dans la soumission. Le voile, l'interdiction du divorce ou
des rapports avant le mariage, le chaperonnage, c'est toujours pour
"protéger" les femmes.
On pourrait enfin évoquer le fait que le tourisme sexuel (que l'on pourrait
aussi dénommer exode sexuel) permettra toujours à ceux qui en ont les moyens
d'échapper à l'interdiction du sexe tarifé dans leur pays.
Mais tout cela ne sert à rien.
Aucune des expériences du passé ne peut servir de leçon à cette famille
politique désastreuse qui s'entête dans un dirigisme obtus.
L'emploi va mal ? ils légifèrent pour pénaliser les licenciements et provoquent
une recrudescence du chômage.
Le niveau de vie ne progresse plus ? ils décrètent le salaire minimum le plus
élevé du monde et condamnent à l'exclusion tous ceux dont le travail vaut moins
que ce seuil artificiel.
Les locataires ont des fins de mois difficiles ? ils empêchent le recouvrement
des loyers impayés et provoquent une pénurie de logements locatifs et une
hausse des tarifs.
Les drogues sont contraires à leur morale ? ils les interdisent et provoquent
un gigantesque trafic international, le financement du terrorisme et la
diffusion des produits à la sortie des écoles.
L'économie n'est pas assez dynamique ? Il maintiennent un déficit permanent
pendant quarante ans pour satisfaire leur clientèle électorale et mettent leur
pays en faillite.
On peut facilement imaginer la nouvelle catastrophe qu'une loi pénalisant la
prostitution provoquera au bout de quelques années : trafic exclusivement aux
mains de la mafia, violence et clandestinité pour les femmes, exode sexuel pour
les riches, moins de rentrées fiscales et plus de frais liés à la répression
pour l'Etat. Un désastre de plus à l'actif des constructivistes !
Mais nous avons gardé le plus scandaleux de cette affaire pour la fin car
l'expression "La position abolitionniste de la France", employée dans
la résolution votée par l'assemblée, cherche clairement à établir un parallèle
entre la future loi et rien moins que l'abolition de
l'esclavage.
Après avoir mis le pays en faillite, nos députés prétendent donc se
comparer à ceux qui ont aboli l'esclavage. Pas de chance pour eux, ce sont les
ancêtres des libéraux qui par deux fois, avant et après Napoléon, ont aboli
l'esclavage au nom des Droits de l'Homme de 1789 qui posent comme principe
inaliénable la liberté et la propriété de chaque individu sur son corps et sur
les fruits de son travail.
Il est donc évident qu'au nom de ces mêmes principes, la pratique de la
prostitution entre adultes libres et consentant, donc sans coercition, doit
être possible sans pénalisation du prestataire de service (c'est à dire du ou
de la prostituée) ni du consommateur.
A l'inverse, la pénalisation de la prostitution est très clairement une
forme d'esclavage puisqu'elle revient à ne pas reconnaître la
propriété des individus sur leurs corps et sur les fruits de leur
travail.
Ceux qui veulent faire passer aux yeux de l'opinion la prohibition de la
prostitution pour l'abolition d'un esclavage sont donc, au choix, des
usurpateurs ou des incultes. En tout cas il faut qu'ils partent, vite !

Commentaires
Article publié sur Rue89
et sur Contrepoints.
Je précise que l'orthographe "la députée" sur rue89 n'est pas de moi mais que cette "correction" vient probablement des journalistes du site. J'écrirai "députée" pour une parlementaire féminine le jour ou l'on écrira parlementair pour un député de sexe masculin.
Certains mots sont invariables dans leur genre et d'autres non... En partant du même principe, pourquoi écrire dans l'article "une prostituée" avec un 'e' final alors qu'elle n'est qu'une "prestataire de service" (dont le masculin ne s'écrit pas "prestatair")... Et l'on pourrait multiplier les exemples (je me suis limité à des mots présents dans l'article, sans chercher plus loin).
Bref, je trouve le concept étrange...
Mis à part ce détail, article très intéressant et avec lequel je suis complètement en accord !
Prostituée peut être considéré comme le participe passé du verbe prostituer. Donc un prostitué et une prostituée n'a pas du tout la même justification que un député et une députée qui ne dérive pas d'un verbe.
Il me semble qu'en français les noms (substantifs) ne s'accordent pas en genre. Ils possèdent un genre.
Une sentinelle ou une vigie restent des noms féminins même si ce sont des hommes qui occupent ces postes.
Si on veut utiliser député et députée, il ne s'agit pas d'un accord mais d'un nouveau substantif que l'on crée. Pourquoi pas, après tout. Mais dans ce cas pourquoi ne pas créer de nouveaux substantifs pour tous les postes et fonctions. une parlementaire, un parlementair ?
Une autre façon de faire consisterait à admettre que député ou sentinelle est, suivant le contexte, masculin ou féminin. Une député, un sentinelle.
Le mélange actuel me parait incohérent, mais bon, vous avez peut-être raison. Je ne m'accrocherai pas plus que ça sur ce sujet...
Oui j aime bien l'article. Le probleme c est l'usage de la violence et de la contrainte sur ces femmes et ce n'est pas l'activite en elle meme. Notre systeme juridique doit etre equipe pour punir ces violences. Ensuite la question qui se pose c'est lorsque les prostituees exercent ou market dans l'espace public. C'est normal qu'un riverain puisse ne pas etre daccord avec ca apres tout. La problematique de la maison close (espace prive) se pose donc a mon sens.
Oui, le seul problème c'est l'usage de la violence et de la contrainte.
Je pense que l'exemple des Pays Bas n'est pas mal.
Le mot prostitution n'existe pas dans leur code pénal ce qui est déjà en soi intelligent.
Il n'y a pas d'infraction de proxénétisme - qui n'a aucun sens puisque l'Etat est de fait un proxénète dès qu'il prélève des impôts - En revanche le proxénétisme par coercition est lourdement puni, et encore plus s'il concerne des mineures.
En revanche les ouvertures d'établissement sont soumises à autorisation ce que je déplore. Une obligation déclarative est à mon avis suffisante.
Sur le racolage, je ne vois pas non plus de vrai problème.
hum, hum le verbe députer existe bien. Donc une députée, ça tient la route. Mea culpa.
Une auteure, non, là ça ne tient pas.
La plupart des gens, y compris ceux qui se disent tolérants envers la prostitution, ne tolèreraient pas que leur femme ou leur mari se prostitue.
La prostitution, qu'on soit dans un pays abolitionniste ou non, est taboue. Les prostitué(e)s sont isolés socialement et ça facilite le travail des esclavagistes.