Une absence de résultat entraînera pour un athlète la perte de ses financements publics et le désintérêt des médias. Il lui faut donc obtenir des succès, gagner des épreuves coûte que coûte.

C'est donc très logiquement poussés par le système que tous les sportifs de haut niveau se dopent, soit en prenant des substances légales ou illégales destinées à améliorer leurs performances, soit tout simplement en s'entraînant de façon outrancière ce qui a les mêmes conséquences néfastes pour leur santé.

Comme le dit Axel Kahn à propos du tour de France dans le Monde du 27-28 juillet : "c'est une compétition entre dopés qui se font prendre et dopés qui ne se font pas prendre".

Pour le dopage comme pour de multiples autres sujets de société, l'Etat lutte donc contre des désordres qu'il a lui-même créés. Cela lui permet, outre le fait d'exacerber l'esprit national, d'augmenter l'assiette de ses interventions et de ses prélèvements en mobilisant plus de justice et plus de police pour combattre les nouvelles infractions qu'il invente.

Car, faut-il le rappeler, le dopage est une infraction totalement fictive qui bafoue (une fois de plus), l'article 4 de la déclaration des droits de l'homme qui figure dans le préambule de notre constitution. En quoi le fait de se doper nuit-il à autrui ? En rien bien évidemment.

Tout au plus pourrait-on voir dans le dopage une tricherie par rapport aux règles privées d'une compétition sportive. La sanction devrait être une exclusion ou une amende. Au pire il pourrait être question d'escroquerie lorsque des sommes d'argent sont en jeu. Mais comme certaines formes de dopage sont indétectables (entraînement intensif ou en altitude, transfusions sanguines, absorption de produits non encore classifiés) la règle, même privée, qui interdirait le dopage serait stupide.

Il est intéressant d'étudier la "morale sportive" . C'est sur la base de ce concept que l'Etat prétend justifier son interdiction du dopage lorsqu'il se présente sous la forme de l'absorption de produits classés "vénéneux".

La morale sportive c'est : que le meilleur gagne. Le meilleur, dans cette morale, c'est le sportif de haut niveau, c'est à dire un être d'exception que la Nature et sa nationalité ont doté de capacités physiques et mentales exceptionnelles. Seules la génétique et l'effort doivent déterminer sa réussite. La chance est également tolérée par la morale sportive (surtout en cas de défaite), mais aucune pratique ou produit impur ne doit venir troubler la fierté nationale. Car le corps sain de l'athlète est le reflet de la santé de la Nation. Génétique et nationalisme, tout cela ne sent pas très bon, mais les Etats-Nations n'en ont cure. L'opium sportif exalte le peuple, soude la Nation et fait oublier les méfaits de l'étatisme.

On remarquera que la morale du "que le meilleur gagne" est par ailleurs dénoncée comme insupportable et immorale par l'Etat socialo-gaulliste lorsqu'elle est appliquée au marché, supposé fonctionner suivant le même principe, alors que c'est tout le contraire, il n'y a que des gagnants et pas de perdant dans une mécanique de marché, ce qui est loin d'être le cas du sport.

On le voit, la position de l'Etat sur le sport de haut niveau et sur le dopage sont particulièrement chaotiques et révélateurs de ce que Karl Marx et Murray Rothbard réunis appelleraient : les contradictions internes de l'étatisme.