Mariage homosexuel, la gauche aveuglée par l'État
Par Alain Cohen-Dumouchel le samedi, 21 janv. 2012, 17:25 - Actualité - Lien permanent
Il est intéressant de voir
avec quelle passion la gauche socialiste défend le mariage homosexuel. Car tout
de même, pincez moi si je rêve, mais quand on défend le mariage gay on défend
le mariage non ?
Alors où est passé le "peuple de gauche", libéré, libertaire, celui qui
dénonçait les conventions petites-bourgeoises et qui voulait se libérer de tous
les carcans imposés par la société, les coutumes, l'histoire
?
Eh bien il a tout simplement disparu. La gauche anti-système a été récupérée,
transformée en lobby de petits-bourgeois-fonctionnaires, plus soucieux de
protection et de principe de précaution que de libération des mœurs.
Cette nouvelle gauche - la deuxième parait-il - s'est récemment sentie investie
d'une mission humanitaire : faire accéder le peuple homosexuel aux bienfaits du
mariage civil. Triste façon de résoudre un problème pourtant bien réel, car
elle est à ce point idolâtre de l'État qu'elle ne peut même plus envisager la
solution la plus simple : supprimer le monopole du mariage.
Il faut dire que ce mariage civil, ridicule copie jacobine du mariage
religieux, pose beaucoup de problèmes à la société. Il pose d'abord le problème
du divorce qui a fait l'objet de débats passionnés dans le passé. Puis, comme
l'État accorde des privilèges écrasants aux couples mariés (avantages fiscaux,
réversion de pension au dernier vivant, droits de successions réduits), ce
statut attire la convoitise de tous ceux qui ne peuvent pas en profiter. Tout
le monde, et c'est bien normal, veut pouvoir se marier pour ne pas subir la
spoliation légale qui frappe les célibataires.
Mais pourquoi laisser à l'État le monopole du mariage ? On n'a pas besoin de
l'État pour faire constater publiquement l'union de plusieurs êtres à partir du
moment où cette alliance n'entraîne pas l'octroi de privilèges. Ceux qui ne
sont pas mariés n'ont pas à subir de spoliation légale de la part de ceux qui
le sont. Contrairement à l'Église, l’État ne doit pas inciter à adopter un mode
de vie plutôt qu'un autre. Au nom de quoi l'État devrait-il savoir avec qui
nous couchons et quel est le nombre ou le sexe de nos partenaires ? Que l'État
sache où nous habitons est peut-être un mal nécessaire. Tout le reste est
parfaitement inutile et liberticide.
Le club des jacobins répond inévitablement à ces arguments : oui mais c'est
horrible, si on laisse faire il va y avoir de la polygamie. Et alors, la belle
affaire ! la polygamie, la polyandrie ou les communautés "libres" ne posaient
pas de problèmes à la gauche en 68 pourquoi en poseraient-elles aujourd'hui ? A
cause de la polygamie musulmane peut-être ? Mais dans ce dernier cas c'est la
contrainte qu'il faut combattre, pas la polygamie en elle même. Pourquoi trois
êtres qui s'aiment sincèrement et qui veulent élever des enfants ensemble
devraient-ils subir les foudres de la gauche ? C'est le monde à l'envers
!
Si l'on met de côté la redistribution totalement injuste que le mariage civil
actuel opère au détriment des célibataires et au profit des couples mariés, en
quoi consiste le mariage ?
- C'est d'abord la publicité d'une union et d'un engagement. Au temps d'Internet et du "Cloud", ce service, déjà accessible à l'aide d'un simple journal d'annonces officielles, devient excessivement facile à réaliser de manière privée.
- Le mariage c'est ensuite un contrat qui fixe les droits et devoirs des époux en matière : d'éducation des enfants, de répartition des acquis et du patrimoine de chacun, de protection et d'assistance mutuelle.
Ce type de contrat peut parfaitement être rédigé par des sociétés ou
associations privées qui pourront se spécialiser dans certaines formes de
mariages (gay, lesbien, de groupe) ou traiter tous les types de mariage. On
peut deviner par exemple que l'association "Église catholique" ne mariera que
des couples hétérosexuels baptisés et n'autorisera pas le divorce. Mais par
ailleurs, toutes les formes de contrat librement consenties et non contraire au
droit commun seraient possibles. Rien n'empêche d'ailleurs l'État de servir de
guide en conseillant (sans rendre obligatoire) un ou plusieurs contrats par
défaut.
Il ne s'agit donc pas de supprimer le mariage en soi - beaucoup de monde y est
attaché - mais de le libérer du carcan monopolistique de l'État qui,
poursuivant le modèle clérical, continue à discriminer moralement et
pécuniairement une partie de la population. Ce n'est pas en faisant passer les
couples homosexuels du camp des oppressés au camp des oppresseurs que l'on
résoudra le problème. La deuxième gauche ne l'a pas compris, vivement la
troisième !

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