Le problème c'est que toutes les lois constructivistes échouent à long terme, toujours. C'est une mécanique implacable qui se met en branle dès lors que le droit positif s'oppose aux droits de l'Homme, en l'occurrence ici, à la liberté d'expression.

Les lois mémorielles initiées par la Loi Gayssot de 1990 ont vingt ans et, déjà, on peut discerner deux causes dramatiques de leur échec à moyen ou long terme.

  • Premièrement elles transforment en victimes ceux qu'on empêche de s'exprimer. C'est le cas avec les négationnistes de la shoah, dont les théories imbéciles acquièrent un indéniable prestige parce qu'elles sont interdites. Comment contester les négationnistes puisque leurs arguments sont inaudibles ? On aboutit ainsi à ce paradoxe : tout le monde sait qu'il existe des théories niant l'existence des chambres à gaz. Tout le monde sait par exemple que M. Faurisson a produit une thèse universitaire sur le sujet, mais personne ne peut la lire, donc personne ne peut y répondre c'est à dire que personne ne peut la contester. Autrement dit en interdisant la liberté d'expression d'un négationniste on interdit aussi la réponse que l'on peut lui apporter. Les contre-réactionnaires, comme les appelle P.A. Taguieff, contribuent donc à pérenniser les mythes qu'il prétendent combattre : la non existence des chambres à gaz ou l'absence de génocide arménien.
  • Deuxièmement les lois mémorielles incitent à la surenchère violente des différentes communautés ou groupes qui s'estiment dépositaires du malheur de leurs ancêtres. La loi Gayssot, la première, a institué un délit de "contestation de crimes contre l'humanité commis au cours de la seconde guerre mondiale" puis ont suivi les lois Taubira (reconnaissance de la traite et de l'esclavage) ainsi que celles tentant d'établir le rôle positif de la colonisation et la qualification génocidaire des massacres d'arméniens. La nouvelle loi vise à pénaliser la contestation de tous les génocides, c'est à dire tous ceux reconnus par la loi, et non plus le seul génocide juif. On imagine la suite : le porte parole de Philippe de Villiers a déjà demandé à ce que soit reconnu le génocide des vendéens pendant la révolution, les rwandais vont évidemment demander à ce que soit reconnu "leur génocide ", puis suivront les cambodgiens, et pourquoi pas les allemands, qui ont subi des bombardements massifs sur leurs populations civiles de la part des alliés, puis les chinois confrontés aux massacres japonais, et les japonais qui ne voudront pas être en reste après avoir été exposés au feu atomique. Ce processus ne connaîtra pas de fin.

Quand on constate le niveau d'instrumentalisation et d'intolérance déjà atteint par les officines françaises de l'antiracisme on ne peut que s'inquiéter de ce nouveau foyer de cristallisation communautariste. Au nom de "l'amitié entre les peuples" on va bientôt nous demander de reconnaître le génocide des arabes par la Reconquista espagnole du 15e siècle. Et bien sûr, car cela va toujours de pair, il faudra subventionner chacune des associations qui prétendent en sauvegarder la mémoire et trouver une date pour célebrer l'évènement (ce qui risque de devenir fort heureusement impossible). En ces temps de crise, il est vrai que le clientélisme mémoriel coûte apparemment moins cher aux femmes et aux hommes politiques que l'aide sociale ou les plans industriels qu'ils pratiquent depuis 50 ans.

Pour finir, une citation trop pessimiste de Philippe Muray :

La liberté de penser (donc, par définition de penser mal) ne peut plus être protégée; cette liberté disparaîtra de la liste des droits de l'homme le jour où l'on estimera démontré que toute liberté individuelle a des effets collectifs nocifs.

Et pour le bêtisier écoutons Mme Valérie Boyer (UMP), rapporteur (sans e) de la loi : "le sujet n’est ni de droite ni de gauche : c’est un problème de droits de l’homme sur lequel nous pouvons nous retrouver puisque nous souhaitons tous que le négationnisme soit pénalisé "

Article 19 de la déclaration universelle des droits de l'homme :

Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

Nous ne sommes pas très friands de la déclaration universelle des droits de l'Homme, véritable contresens philosophique des vrais Droits de l'Homme libéraux de 89, mais il est bon de rappeler que les dirigistes sont incapables de respecter les droits qu'ils ont eux-mêmes promulgués.

Photo flickR licence CC par Patcard