Christine Lagarde, ministre de l'économie, Luc Chatel, secrétaire d'État à la Consommation et Martin Hirsch, haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, ont présenté lundi 16 mars un projet de loi visant à lutter contre le surendettement et à encadrer les crédits à la consommation. Le gouvernement souhaite notamment  :"empêcher les ménages de sombrer dans l'endettement chronique" (sic).

Quand on sait que les comptes publics français sont en déficit permanent depuis 35 ans, que le déficit budgétaire de 2009 va atteindre les 6%, que la dette publique voisine les 1300 milliards d'euros (sans les engagements hors bilan) alors que la charge de remboursement de cette dette constitue le deuxième poste budgétaire, juste après l'éducation, la sollicitude du gouvernement envers les ménages semble relever du cynisme le plus absolu.

Car la première dette des ménages est celle que l'Etat français a accumulé et qu'ils devront rembourser. La dette publique c'est 52 000 euros par ménage !

Rappelons qu'au moment ou il se soucie de l'épargne des ménages, le gouvernement lance un inutile plan de relance de 26 milliards d'euros, intégralement financé par la dette. Lorsqu'il s'agit de surendettement compulsif, manifestement le gouvernement sait de quoi il parle.

M. Hirsch souhaite d'autre part  "mettre le holà" à un système qui rend les crédits à la consommation "plus chers" pour les plus pauvres. Or la mécanique de marché qui consiste à faire payer plus cher les crédits comportant des risques plus élevés, est à la base d'une gestion bancaire prudente et permet de surcroit de limiter le recours à de tels crédits en les rendant moins attractifs. Cette déclaration inquiétante de  M. Hirsch montre que les membres du gouvernement n'ont tiré aucune leçon de la crise financière actuelle dont les causes tiennent précisément aux incitations et aux garanties que l'État américain a apporté aux banques pour qu'elles accordent massivement des prêts immobiliers risqués.

Avant de "donner un coup de frein au crédit toxique et un coup d'accélérateur au crédit responsable" suivant la formule de M. Hirsch, il serait bon que l'État évite de faire payer des pénalités de 10 % pour un jour de retard sur un tiers provisionnel ou une taxe d'habitation, ce qui, ramené à un taux d'intérêt annuel, pulvérise littéralement le taux de l'usure. Dans ces conditions, empêcher les ménages les plus modestes de  souscrire un crédit rapidement pour échapper aux taux super-usuraires du fisc revient à les pénaliser encore plus.