Pour saisir comment de telles lois ont pu voir le jour il faut garder à l'esprit que les constructivistes s'efforcent de transformer la société pour qu'elle ressemble au modèle économique et moral qu'ils veulent atteindre.

Les modèles moraux diffèrent suivant les groupes politiques. Pour l'UMP le travail, l'effort, le mérite et sa récompense sont des valeurs privilégiées tandis que pour le PS ce sont l'égalité et la solidarité qui doivent servir de guides suprêmes. Ces valeurs ne s'excluent pas et, après soixante ans de pouvoir, force est de constater que les positions des uns et des autres divergent légèrement sur la prééminence de telle ou telle valeur morale, mais que les deux grands blocs, droite et gauche, sont finalement assez proches. Seuls leurs extrêmes se distinguent du consensus moral général tout en approuvant intégralement la méthode.

Parmi les consensus moraux qui unissent la droite et la gauche, à l'exception de leurs extrêmes, figure le rejet du racisme et de l'antisémitisme.

Placés devant le problème des thèses révisionnistes qui contestent l'existence des chambres à gaz, les constructivistes ont traité le problème à leur façon en créant un délit de "contestation de crimes contre l'humanité commis au cours de la seconde guerre mondiale". Car lorsqu'un problème se pose ils prétendent toujours le solutionner avec une nouvelle loi.

Malheureusement ce que les constructivistes n'ont toujours pas compris c'est qu'au delà de ses effets immédiats, une loi continue d'agir. Après avoir permis d'empêcher la publication et la diffusion des thèses révisionnistes, l'effet persistant de cette loi au cours du temps fait apparaître les révisionnistes comme ceux qu'on empêche de s'exprimer, donc comme des victimes. Une information que l'on interdit de publier apparaît toujours avoir un fond de vérité, même si elle est aberrante et contredite par d'innombrables témoignages. En décernant le prix de l'infréquentabilité et de l'insolence à Faurisson, Dieudonné exploite à merveille les failles du système. Il se présente comme le défenseur de la liberté d'expression. Et c'est l'Etat anti-raciste qui apparaît comme fauteur de troubles et qui se fait huer. C'est malheureux, mais c'est la conséquence logique de la méthode employée qui choisit de fouler aux pieds le principe supérieur de la liberté d'expression.

Car les constructivistes ne tirent aucune leçon de leurs multiples échecs passés :

L'emploi va mal ? ils légifèrent pour pénaliser les licenciements et provoquent une recrudescence du chômage.

Le niveau de vie ne progresse plus ? ils décrètent un salaire minimum élevé et condamnent à l'exclusion tous ceux dont le travail vaut moins que ce seuil artificiel.

Les locataires ont des fins de mois difficiles ? ils freinent le recouvrement des loyers impayés et provoquent le retrait du marché des logements locatifs et une hausse des loyers.

Les drogues sont contraire à leur morale ? ils les interdisent et provoquent un gigantesque trafic international et l'augmentation de la consommation.

Certaines minorités ne peuvent accéder au crédit immobilier ? ils obligent les banques à financer des prêts à risque et provoquent l'écroulement du système et l'appauvrissement de ceux qu'ils prétendaient aider.

Pour se tirer des mauvais pas dans lesquels leur méthode les place systématiquement, les constructivistes ont deux possibilités : abroger les lois inefficaces et contre-productives qu'ils passent leur temps à élaborer ou corriger leurs effets pervers avec de nouvelles lois. Inutile de dire que c'est la deuxième méthode, qui recueille de loin leur préférence, même si elle ne fait que retarder la catastrophe finale tout en l'aggravant.

Quelle va être la réaction des constructivistes dans le cas Dieudonné ? Le parquet de Paris a d'ores et déjà ouvert une "enquête préliminaire". Mais il n'y a strictement rien dans le dossier puisqu'aucun propos contestant des crimes contre l'humanité n'a été tenu sur scène. Les constructivistes vont-ils créer un "délit de présentation en public d'une personne ayant été condamnée pour révisionnisme" ? ou peut être un "délit d'accolade à un révisionniste", qui sait ?

Leurs échec répétés ne semblent pas décourager les constructivistes. Au lieu de remettre en cause la méthode, ils remettent en cause le modèle. C'est le modèle de droite qui est injuste éructe la gauche. C'est le modèle de gauche qui tue la création de richesse vocifère la droite.

Dans le cas qui nous intéresse la droite et la gauche étaient d'accord. Impossible de rejeter la faute sur le parti d'en face. Il sera donc intéressant de voir par quelle pirouette la classe politique au pouvoir va se sortir de cette ornière.