Le mariage civil, ou mariage d'État est une copie du mariage religieux. Il fallait bien que l'État jacobin invente quelque chose pour n'être pas en reste des cérémonies du mariage religieux dont il était jaloux. Il a donc inventé ce mariage "officiel" et le folklore républicain qui l'a peu à peu accompagné : le discours du Maire, la salle de "cérémonie", l'écharpe tricolore, le buste de Marianne.

Mais le mariage civil a avant tout pour but de contrôler les comportements et de restreindre les libertés. L'État accorde ainsi des avantages pécuniaires importants à ceux qui vivent suivant le modèle défini comme "normal".

Alors qu'un célibataire sans enfant sera taxé toute sa vie comme un paria, un couple avec trois enfants sera fortement avantagé. Moins taxé, il bénéficiera de nombreux avantages "sociaux" et il pourra de surcroît, à la fin de sa vie céder ses biens à ses enfants avec des droits de succession réduits. Ceux du célibataire sans enfants ne pourront être transmis à ses amis ou connaissances sans être majoritairement confisqués par l'État.

Alors que le mariage religieux est un contrat entre deux personnes dont les termes sont fixés par l'Eglise c'est à dire par Dieu, le contrat de mariage étatique est clairement un contrat liant trois parties : les deux époux et l'État lui-même, qui surveillera les époux tout au long de leur vie et leur fera payer leurs éventuels écarts.

Le premier problème auquel s'est heurté l'État après avoir tenté de copier le mariage religieux c'est le divorce.

La baisse des sentiments religieux, l'allongement de la durée de la vie, la plus grande volonté d'indépendance et de liberté des individus ont créé une "demande " pour le remariage, donc pour sa conséquence immédiate, le divorce.

Il a fallu de nombreuses années pour que soit peu à peu abandonnée la notion de divorce pour faute, sinon en droit du moins dans les faits. Malgré les réformes de 1975 et de 2004 le divorce par consentement mutuel demeure long et coûteux. Les deux époux ont beau être d'accord pour se séparer, le troisième contractant, l'État, est beaucoup plus rigide et fait chèrement payer son accord final. Les procédures fixant les pensions et les modalités de garde des enfants sont extrêmement pénibles, rigides et contraignantes pour les deux époux contractants. Mais il faut admettre que l'on va lentement vers plus de souplesse. La société évolue et l'État, donc la Justice, suit lentement la demande de la société.

Ce qui est étonnant dans ce processus c'est que l'État qui est pourtant le maître d'oeuvre de ce carcan légal, réussit à se donner le rôle du réformateur libérateur. Au fur et à mesure de l'assouplissement des procédures de divorce, l'État apparaît aux yeux du grand public comme le grand libérateur des moeurs et de la procédure. Un comble !

Deuxième grand problème auquel l'État s'est trouvé récemment confronté c'est le mariage homosexuel. Après avoir inventé la discrimination basée sur la notion de couple, l'État se heurte tout naturellement au problème des couples homosexuels. Car la discrimination sociale, morale et financière que l'État exerce entre les couples mariés et "les autres" ne pouvait laisser indifférents une catégorie de citoyens, les homosexuels, qui veulent eux aussi leur part du gâteau, c'est à dire les avantages liés à la vie en couple.

Encore une fois l'État, par un tour de passe passe ahurissant, réussit à se donner le beau rôle en inventant le PACS, présenté comme une "avancée sociale" alors qu'il ne vise qu'à étendre à une nouvelle clientèle électorale la discrimination positive (donc négative pour les autres) que représente le mariage.

L'État c'est la grande fiction qui s'efforce de résoudre tous les problèmes qu'il a lui-même contribué à créer.