Car le monde, qu'on le regrette ou non, est organisé en Nations dotées de politiques et de hiérarchies sociales très dissemblables. Les différences sociales, l'écart entre les plus riches et les plus pauvres à l'intérieur de chaque Nation dépend pour une grande part de l'histoire et de l'organisation de ces pays et non de la mondialisation économique. Au Mexique l'écart entre les plus riches et les plus pauvres est parmi les plus élevés dans le monde.

Les alter-mondialistes des pays riches défendent leurs intérêts pécuniers avec force. La Confédération Paysanne de José Bové en est un parfait exemple. Bloquer la mondialisation économique est tout à leur avantage. Grâce à leur action, les pays riches continueront à empêcher l'afflux de marchandises ou de produits agricoles à bas prix, venant des pays pauvres.

Ce bloquage, quand il ne prend pas la forme de quotats (les droits de douanes sont devenus politiquement incorrects dans les pays riches car un peu trop voyants), se fait sous la forme de subventions massives à des secteurs économiques (PAC). Il se fait aussi sous une forme plus sournoise de promotion des produits du "terroir", des "appellations d'origines contrôlées" et du label "bio". C'est bien connu, les pays pauvres n'ont pas de terroir et les produits agricoles importés des pays pauvres vont entraîner la "mal bouffe" pour nos riches alter-mondialistes. L'agriculture des pays riches reçoit ainsi 6 fois plus de subventions (1 milliard de dollars par jour) que le montant de l'aide totale que les pays riches accordent aux pays pauvres.

L'action des riches alter-mondialistes est donc purement égoïste. Ils organisent cyniquement la protection des classes défavorisées des pays riches (paysans ouvriers) au détriment de l'économie des pays pauvres.

Ce qui donne son côté "social" et soi-disant "de gauche" à l'action des riches alter-mondialistes c'est le fait qu'ils défendent les couches les plus basses de nos riches économies. Ils s'opposent aux délocalisations qui touchent les ouvriers et empêchent donc très logiquement la création d'emploi dans les pays pauvres. On comprend parfaitement leur intérêt immédiat. C'est la "préférence nationale", mais celle là est "de gauche".

Défendre ses intérêts n'est pas blamable en soi. C'est le rôle des syndicats, des associations et des lobbies.

Ce qui rend les alter-mondialistes poujadistes et indignes de la gauche généreuse et internationaliste c'est leur mépris des intérets des pays pauvres et la façon dont ils les trompent. Ce n'est pas parce qu'on défend les intérêts des personnes les plus défavorisées dans les pays riches qu'on acquiert une légitimité de générosité internationale, bien au contraire. Une vraie vision de gauche consiste à lutter contre les inégalités sociales nationales aussi bien dans les pays riches que dans les pays pauvres et simultanément, à laisser les flux économiques s'établir entre eux. Dans une vision libérale, la lutte contre les inégalités devra prendre la forme d'un combat contre les monopoles et les blocages, pour l'égalité des droits, pour le libre accès de tous à l'éducation et au marché. Surtout pas celle des aides aux entreprises ou aux personnes, du dirigisme et de l'interventionnisme, qui aboutit à la corruption de masse et au "clientélisme démocratique" qui caractérisent le monde actuel.

Les alter-mondialistes issus des pays pauvres sont les représentants des vrais pauvres de la planète. Ils voient d'un très mauvais oeil la mondialisation qui, en favorisant les entreprises de leurs pays les mieux placées pour exporter, va entraîner des bouleversements de l'économie et une remise en cause de leurs activités.

Ce n'est évidemment pas le petit paysan mexicain qui va être capable d'exporter vers les Etats Unis ni le petit artisan marocain qui va vendre sur le marché français. La mondialisation favorise les grandes et moyennes entreprises c'est indéniable.

La mondialisation va donc entraîner dans ces pays le même type de changements que nos économies ont connu au cours de la fin du 19e siècle et pendant le 20e. En France les agriculteurs ne représentent plus que 6% de la population active et l'agriculture ne contribue qu'à 2% du PIB national. La taille des exploitations n'a cessé de croitre, la révolution industrielle a vidé les campagnes et rempli les usines. La révolution tertiaire et les délocalisations sont en train de vider les usines ce qui, paradoxalement, stoppe l'hémoragie rurale. Les pays pauvres de notre planète vont connaître ces bouleversements. Il vont avoir à lutter pour leurs droits sociaux, contre les inégalités, contre la précarité. Ces luttes, nécessaires au niveau national, n'ont rien à voir avec l'anti-mondialisme.

La mondialisation économique bénéficie aux pays pauvres. En s'y opposant, les anti-mondialistes des pays pauvres maintiennent la carcan économique qui bloque le développement de leurs pays.

Les intérets sociaux des déshérités de la planète sont tout à fait légitimes, mais ils se trompent d'adversaires lorsqu'ils participent aux forums de Cancun, de Porto Alegre ou de Bombay pour combattre la mondialisation de l'économie. Ils sont trompés par la notoriété et les moyens des alter-mondialistes des pays riches.

C'est en luttant au niveau national pour une meilleure répartition des richesses et de l'éducation, contre les dictatures et les oligarchies, que ces catégories amélioreront leur condition.

Lorsque les manifestants indiens de Bombay protestent contre les castes, bravo ! voilà une lutte légitime et combien nécessaire. Mais dans la même manifestation on entend proférer des slogans anti-américains et conspuer le "néo-libéralisme". Les riches alter-mondialistes ont réussi le tour de force de rendre les américains et le "néo-libéralisme" responsables du système des castes en Inde !

Les multinationales, tant décriées par les alter-mondialistes, sont des machines aveugles dont l'intéret est de distribuer un maximum de travail dans les zones ou la main d'oeuvre est bon marché. Les multinationales, sont qu'on le veuille ou non, les Robins des bois qui transfèrent des emplois des pays riches vers les pays pauvres.

"Oui, mais c'est pour faire plus de profits qui vont dans la poche du patronat" entend-on chez les riches alter-mondialistes, qui essayent ainsi de redonner une légitimité sociale à leur discours. Cette affirmation ne résiste malheureusement pas à une analyse à peine plus poussée du mécanisme économique de la mondialisation. Premièrement les bénéfices des entreprises n'ont aucune commune mesure avec leur masse salariale. Les entreprises industrielles, sauf cas particuliers réalisent des bénéfices de l'ordre de 5% à 9% de leur chiffre d'affaire. La masse salariale quand à elle varie entre 20 et 50 % du chiffre d'affaire. Deuxièmement ces bénéfices servent à réinvestir donc à créer de la richesse et des emplois, permettent de rémunérer les capitaux investis par les fonds de pension et par des petits porteurs qui n'ont rien à voir avec l'imagerie traditionnelle du "patronat" diffusée par les alter-mondialistes et par la gauche marxiste.

Enfin les gains de productivité des entreprises se traduisent par une baisse des prix des produits alimentaires et manufacturés qui profite en premier lieu aux habitants des pays riches. Nos riches alter-mondialistes sont en effet bien content d'acheter des jouets ou des vêtements "made in China" dans leur supermarché favori et surveillent au centime près l'évolution des prix. Pas question de payer plus cher, Leurs syndicats et leurs associations de consommateurs y veillent. Tout dérapage des prix est dénoncé comme une "atteinte à leur pouvoir d'achat".

Alors anti ou alter-mondialistes ? c'est plutot le terme ego-mondialistes qui convient le mieux à ceux qui trompent les pays en voie de développement et qui construisent une fausse idéologie de générosité dans le seul but de défendre leurs intérêts immédiats.