La France est votre pays, c'est votre nation, c'est votre patrie et vous n’en avez pas d’autre, même si vos parents ou vos grands-parents sont venus d’ailleurs.
Haïr la France c’est se haïr soi-même. Manquer de respect à la France c'est perdre sa dignité. Ne pas aimer la France quand on est Français c'est se renier soi-même.
Aimez la France ! Elle le mérite. Donnez-vous les moyens de la transformer si vous trouvez qu’elle n’est pas à la hauteur de l’idée que vous vous faites d'elle. Prenez vos responsabilités, mobilisez-vous, agissez pour l’élever jusqu’à l’idéal que vous souhaitez la voir incarner. "


Comment la pensée libérale peut-elle interpréter ce discours ?

Pour décrypter le message il faut d'abord donner une définition de "la France"... pour immédiatement s'apercevoir que l'expression "la France" désigne trois notions distinctes

-1- La France c'est d'abord un territoire géographique associé à une force de coercition chargée d'y faire respecter la loi et d'empêcher les agressions extérieures (justice, armée, police). Les "français" sont les personnes qui sont reconnues comme tels par cette force de coercition.

-2- La France, dans le langage organiciste des médias, c'est aussi le gouvernement français et ce qu'il décide pour l'ensemble des français. ("La France" envoie ses soldats au Liban, "la France" signe les accords de Kyoto, ...)

-3- La France enfin, est un ensemble composé de la langue, de la tradition, des coutumes, du mode de vie, de l'éducation, des "valeurs" françaises étendues aux arts et aux sports. Ce qu'il est convenu d'appeler la "culture française".

Le discours de M. Sarkozy ne peut pas s'appliquer à la première définition. Il n'aurait aucun sens.

Si on l'appliquait à la deuxième définition, le discours de M. Sarkozy, serait particulièrement inquiétant puisqu'il dénoterait une nette tendance au totalitarisme de la part de son auteur. Le fait de haïr l'action des gouvernements français de droite ou de gauche - par exemple leur soutien répété et persistant à des dictateurs sanguinaires - voudrait dire qu'on se haïrait soi-même ? Cela supposerait une identification fusionnelle de l'individu et de sa "Patrie". Nous exonérerons M. Sarkozy de ce national-collectivisme, totalement anti-libéral et proche d'un Lepenisme primaire, en considérant que sa phrase ne s'applique pas à cette deuxième définition.


Considérons donc que l'invective de M. Sarkozy s'applique à la troisième définition de la France.

ne pas aimer la langue, la culture, les traditions françaises c'est se renier soi-même nous dit-il.

Vous qui détestez la baguette, le pot-au-feu, l'académie française, le camembert, les défilés de mode ou l'équipe de France de foot, vous les corses, basques, bretons, chinois du 13e, juifs orthodoxes, moines boudhistes, surfeurs, jeunes des banlieues, mettez vous bien dans la tête que vous êtes des rénégats.

Difficile de trouver un discours plus opposé que celui-là aux idéaux libéraux. Le nationalisme de M. Sarkozy, reflet de l'opinion de son parti, dévoile son visage réducteur et sa négation de l'individu souverain. Aimez la France ! (c'est un ordre). Si la France "n’est pas à la hauteur de l’idée que vous vous faites d'elle ... agissez pour l’élever jusqu’à l’idéal que vous souhaitez la voir incarner "

Pas question donc de se désintéresser de ce groupe fusionnel, qu'est "la France". Participer à l'idéal français est un devoir hors duquel on se renie soi-même.

Or, tout à l'opposé de ce discours, c'est le propre des libéraux de ne pas vouloir imposer aux autres, leurs choix, culturels, moraux, communautaires, et même politiques, de refuser tant que cela est possible la dictature de la majorité.

La majorité des lecteurs de ce billet est probablement attachée à "la France" à la culture et aux traditions françaises. Mais cet attachement, pour être compatible avec le libéralisme doit être librement consenti. Il ne doit pas être imposé. Il ne doit pas être dirigé par une pseudo morale nationaliste et il ne doit pas servir de prétexte à des barrières culturelles ou économiques.

On mesure le gouffre qui sépare Nicolas Sarkozy des libéraux.

On mesure également l'inculture politique de ceux qui essayent d'attribuer une étiquette "libérale" au candidat Sarkozy. A moins que cette falsification n'ait pour but de créer un écran de fumée propice au lobby étatiste : ne pas engager le débat avec les vrais libéraux.et jouer à se transmettre le pouvoir en alternance, socialiste-conservateurs, jusqu'à ce que la montée des extrêmes fasse capoter la belle entreprise.